Bienvenue sous le Second Empire Index du Forum

Bienvenue sous le Second Empire


 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

LE 11° REGIMENT D'ARTILLERIE EN CRIMEE

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Bienvenue sous le Second Empire Index du Forum -> CHAPITRE HISTORIQUE -> LE SECOND EMPIRE -> Les campagnes militaires
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
RSCHERER


Hors ligne

Inscrit le: 03 Déc 2014
Messages: 188
Localisation: Néfiach

MessagePosté le: Jeu 21 Avr - 09:37 (2016)    Sujet du message: LE 11° REGIMENT D'ARTILLERIE EN CRIMEE Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?
Bonjour à tous,

en complément aux précédents messages concernant l'artillerie en Crimée, je me permets d'y ajouter un historique concernant le 11° régiment d'artillerie lors de ce conflit.

Le 11° régiment d’artillerie en Crimée 
  Depuis plusieurs années déjà, le tzar Nicolas ne dissimulait plus la résolution de reprendre et d'achever l'œuvre que ses prédécesseurs avaient préparée par les traités de Kaïnardji, de Bucarest et d’Andrinople ; il voulait étendre définitivement la suprématie russe sur l'empire du Sultan.
 
Après une première escarmouche diplomatique sur la question des Lieux-Saints, question assez vite réglée parce qu'elle intéressait toutes les puissances chrétiennes et que celles-ci s'étaient toutes entremises à la fois, l'ambassadeur russe à Constantinople, prince Menchikov, avait émis des prétentions qui ne tendaient à rien moins qu'à revendiquer pour le tzar le protectorat des onze millions de sujets grecs du Sultan. L'entente était évidemment impossible. Le Tzar voulait la rupture; le 3 juillet 1853, ses armées avaient franchi le Pruth et envahi les Principautés.
 
Pendant qu'Omer-Pacha résistait, non sans bonheur, aux armées russes, la France et l'Angleterre, protectrices séculaires de l'empire ottoman, avaient cherché, avant de recourir aux armes, à arrêter la lutte par une intervention diplomatique, mais la destruction de la flotte turque à Sinope précipitait leur action, et, le 10 avril 1854, après l'envoi d'un ultimatum que le Tzar avait laissé sans réponse, l'empereur Napoléon III et la reine Victoria s'engageaient définitivement à marcher de concert au secours de la Turquie.
 
Notre corps expéditionnaire était organisé depuis quelques semaines déjà. Dès les premiers jours de mars, le gouvernement français avait formé une petite armée de quatre divisions d'infanterie et une division de cavalerie. Le maréchal Saint-Arnaud en avait pris le commandement en chef; le général Thiry était commandant de l’artillerie avec le colonel Le Bœuf pour chef d’état-major.
 
Aucune des batteries du 11° régiment n'entrait à cette date dans la composition du corps expéditionnaire. Il ne lui avait fourni qu'un seul officier, le commandant Huguenet, nommé au commandement de l’artillerie de la l° division, commandement qu'il devait garder pendant la plus grande partie du siège jusqu’à sa nomination au grade de lieutenant-colonel, le 26 mai 1855.
 
Deux autres chefs d’escadron du régiment, les commandants Roche et De Bentzmann, allaient prendre des commandements à l’armée dite d’observation du Nord d'où ils ne devaient pas tarder à être dirigés sur la Crimée, le premier comme commandant de l’artillerie de la 2° division du corps de réserve, le second comme sous-chef d’état-major de l'artillerie de l'armée.
 
Les premiers détachements de l'armée d'Orient avaient cinglé vers Gallipoli le 19 mars. Le 7 mai, le maréchal de Saint-Arnaud y était arrivé en personne et, à la fin du mois, 30,000 hommes de toutes armes et 5,000 chevaux y étaient réunis. 
 
Pendant que la garnison turque de Silistrie résistait vigoureusement aux efforts des Russes et que, pour tromper l'ennemi sur nos futurs desseins, la 1° division (Canrobert) entreprenait dans la Dobrutscha cette expédition que le choléra devait rendre tristement célèbre, les gouvernements de France et d'Angleterre, se rendant aux propositions du maréchal de Saint Arnaud, se décidaient en principe à diriger leurs forces sur la Crimée.
 
En France, on organisait, pour renforcer le corps expéditionnaire, une cinquième division et une réserve générale d'artillerie à dix batteries.
 
Le colonel Forgeot prenait le commandement de cette réserve, qui, suivant la terminologie réglementaire à cette époque, était organisée en deux « divisions » aux ordres des lieutenants-colonels Roujoux et de Beurmann, divisions partagées elles-mêmes en deux « subdivisions ».
 
La 9° batterie du 11° régiment, capitaine Laportalière, était désignée pour constituer, avec la 12° batterie du 9°, la deuxième subdivision (commandant Liédot) de la deuxième division.
 
La 9° batterie quitta Strasbourg le 2 juillet 1854 et s'embarqua à Marseille pour Varna le 9 août suivant; mais elle fut assez longtemps retenue dans cette place et n'aborda le sol de la Crimée que le 24 octobre.
 
A cette date, la tranchée était ouverte depuis quinze jours déjà contre Sébastopol.
 
Du 13 au 18 septembre, en effet, les flottes des trois puissances avaient jeté 30,000 Français, 20,000 Anglais et 7,000 Turcs sur les côtes de Crimée non loin d'Eupatoria. Marchant immédiatement vers le sud, les armées alliées avaient rencontré, le 20, à l’Alma, et complètement défait l'armée du prince Menschikoff ; le 26, elles s'étaient présentées devant Sébastopol, où le général Todleben avait commencé ces admirables travaux qui allaient transformer une ville ouverte en une place formidable, et, dès le 29, les commandants en chef alliés avaient reconnu la nécessité d'entreprendre un siège en règle.
 
Le commandant en chef français n'était plus le maréchal de Saint-Arnaud. Terrassé en pleine gloire par la maladie terrible qui, depuis Varna, avait suivi l'armée, il avait cédé le 26 septembre, le commandement au général Canrobert; quarante-huit heures après, il avait succombé.
 
Les quatre divisions françaises avaient constitué, deux par deux, un corps de siège aux ordres du général Forcy et un corps d’observation sous le général Bosquet.
 
Le corps de siège, grossi de huit bataillons turcs, s'était installé au sud-ouest et au sud de la ville entre la mer et le ravin de Woronzoff (plus tard dit des Anglais), qui aboutit au port du Sud.
 
L'armée anglaise s'était établie à la droite du général Forcy, du ravin de Woronzoff à la vallée de la Tchernaïa, face par conséquent au faubourg de Karabelnaïa.
 
Au sud, le corps d'observation s'étendait du col de Balaklava aux hauteurs du Télégraphe.
 
Les attaques françaises avaient pour objectif principal les deux bastions n° 5 et 4 du corps de place, bastions qui devaient rester célèbres dans l'histoire du siège sous les noms de bastion Central et bastion du Mât; les attaques anglaises devaient être dirigées sur l’ouvrage Malakoff à droite et, à gauche, sur le bastion n° 3, bastion de Karabelnaïa ou Grand Redan.
 
La tranchée avait été ouverte dans la nuit du 9 au 10 octobre, à 1,200 mètres de la place aux attaques anglaises, à 950 mètres seulement de notre côté.
 
La 9° batterie du 11° débarquait en Crimée, on l'a dit plus haut, le 24 octobre et rejoignait le corps de siège le 25 au soir, à l'heure même où les alliés venaient de repousser, sur le plateau de Balaklava, la sortie du général Liprandi.
 
Elle recevait immédiatement l'ordre de verser au grand parc son matériel de campagne et d'abandonner son rôle de batterie montée pour venir, avec la plus grande partie des batteries montées de l'armée, partager le sort, de beaucoup le plus glorieux d'ailleurs pour le moment, des batteries à pied.
 
Nos attaques ne comportaient encore à cette date que dix batteries, élevées en avant de la première parallèle ou dans cette parallèle elle-même sur le mamelon de la Maison Brulée. A elles dix, elles comprenaient 49 pièces, qui doivent, avec 50 pièces anglaises, lutter contre les 250 pièces de la défense.
 
A partir du 7 novembre, la 9° batterie du 11° fut chargée du service de la batterie n° 10.
 
Cette batterie, située à 800 mètres environ en avant et à droite de la batterie n° 9 et à la même distance en avant et à gauche de la batterie n° 8, tirait de plein fouet, à 800 et 1,000 mètres, sur le saillant et la face gauche du bastion du Mât. Son armement comportait 4 pièces de 24 et 3 obusiers de 22.
 
Elle avait été construite dans la nuit du 22 octobre par la 6° batterie du 5° régiment, qui en avait depuis lors conservé le service.
 
Au moment où les canonniers du 11° régiment y relevaient ceux du 5°, la batterie n° 10 avait définitivement conquis la supériorité du feu sur la batterie grise et la batterie jaune, qui lui étaient opposées. Aussi les nôtres n'eurent-ils qu'à continuer pendant quinze jours un feu lent et régulier auquel l'ennemi répondait mollement.
 
Il n'y eut dans cette période que deux servants blessés.
 
Le 20 novembre, le service de la batterie n° 10 fut remis aux marins débarqués, qui durent la transformer pour l’armer de sept canons de 30.
 
La 9° batterie du 11° régiment reprit son matériel et sa place de batterie de campagne à la réserve générale d'artillerie de l'armée.
 
Pendant les mois de décembre 1854 et janvier 1855, elle concourut d'une part au développement des attaques en leur fournissant tous les deux jours une corvée de vingt-cinq travailleurs et de cinquante chevaux, d'autre part à la protection des travaux en prenant par moitié tous les quatre jours la garde mobile de tranchée.
 
L'hiver était venu, le sombre et terrible hiver du plateau Chersonèse. La neige encombrait les travaux, le thermomètre était descendu à -20° ; les maladies, les cas de congélation partielle se multipliaient dans les troupes qui faisaient le service aux tranchées; pour la seule 9° batterie, les entrées à l'ambulance se chiffrent par huit ou dix à certains jours, et, dans cette courte période du 15 décembre au 15 février, bien que le feu de l'ennemi ne fasse aucune victime, on ne relève, sur les situations de la batterie, pas moins de seize décès.
 
Le moral des canonniers, comme d'ailleurs celui de leurs camarades de tous les corps et de toutes les armes, était à la hauteur de l'épreuve, et, si l'on ne trouve aucun nom à citer, c'est que tous auraient dû l'être et que les chefs de tout grade, les capitaines comme les colonels, n'ont pu, dans leurs rapports, que rendre en bloc à tous leurs subordonnés un hommage égal et collectif.
 
Bien que très ralentis dans une terre devenue plus dure que la pierre, les travaux continuaient, rapprochant peu à peu de la place les batteries assiégeantes et en même temps s'étendant de plus en plus au nord, jusqu'à la baie du Carénage, pour fermer à la garnison toute communication avec la mer.
 
Se transformant de nouveau en batterie de siège, la 9° batterie du 11° fut chargée, le 31 janvier, concurremment avec la 6° du 7°, de construire à l'extrême gauche de nos lignes une batterie, n° 31 de la série générale, qui devait être armée de 10 mortiers anglais de 10 pouces pour jeter des bombes dans la place d'armes de la Quarantaine et battre, en outre, le fort de Mer afin de protéger, s'il en était besoin, l'approche de nos vaisseaux.
 
Les travaux furent exclusivement exécutés par les canonniers se relevant par fournées de 30 hommes toutes les vingt-quatre heures. Le travail en lui-même était difficile et pénible, mais il était sans danger, car l'emplacement était complètement défilé des vues de la place. La batterie n'ouvrit son feu que le 9 avril et le soutint jusqu'au 20 mai ; elle avait réussi, presque sans pertes, à bouleverser et à rendre intenable l’intérieur du bastion de la Quarantaine.
 
Le 20 mai, la batterie attela de nouveau, pour ne plus l'abandonner, son matériel de campagne. Le 25, elle fut attachée à la 5° division (d'Autemarre), désignée pour faire partie du corps combiné qui, sous les ordres de sir Georges Brown, devait être porté par mer sur Kertch et Iénikalé pour couper la route aux convois et aux renforts qui arrivaient aux Russes parla mer d'Azof et la presqu'île d'Araba.
 
L'expédition atteignit son but sans coup férir, et, après être restée à Iénikalé jusqu'au 12 juin, la batterie, n'y laissant qu'un petit détachement de 1 brigadier et 7 servants, se rembarqua pour Kamiesch et vint reprendre sa place à la réserve générale d'artillerie de l'armée.
 
Cependant, les événements avaient marché.
 
L'armée s'était accrue de quatre divisions, successivement arrivées de France.
 
Le 11° régiment avait fourni une de ses batteries, la 2° (capitaine Briant), à la 7° division (Dulac); c'était un de ses chefs d'escadron, le commandant Joly-Frigola, qui commandait l'artillerie de cette division, formée, avec la 2° batterie du 11°, et la 1° du 7°.
 
L'accroissement des forces françaises, portées à près de 80,000 hommes, avait conduit à modifier la répartition des points d'attaque assignés au début à chacune des armées.
 
Les Anglais avaient infiniment moins bien supporté que nos soldats le froid et les privations. Dès la fin de janvier 1855, c'est à peine s'il leur restait 10,000 hommes dans le rang. Ils ne pouvaient plus garder les lignes très étendues qu'ils avaient occupées d'abord ; ils se resserrèrent on face du Grand Redan, entre le ravin du port du Sud et celui de Karabelnaïa; nous les relevâmes à l’extrême droite, en face de Malakoff, depuis le ravin de Karabelnaïa jusqu'à celui du Carénage et au mont Sapoune.
 
Vers cette époque précisément, sur les instances du général Niel, aide de camp de l'Empereur, envoyé par lui en mission à l'armée, les généraux en chef décidaient que l'attaque principale serait dirigée contre le fort Malakoff.
 
Les positions anglaises, comme on le voit en jetant un coup d'œil sur la carte, se trouvaient intercalées entre les attaques françaises de gauche (contre la ville) et de droite (contre Malakoff). Comme, en même temps, l'armée française accrue était, par ordre de l'Empereur, partagée en deux corps et une division de réserve, le premier corps, composé de quatre divisions, fut spécialement chargé, sous les ordres du général Pélissier, des attaques de gauche ; le deuxième corps, également composé de quatre divisions, fut chargé, sous les ordres du général Bosquet, des attaques contre Malakoff.
 
La division de réserve était commandée par le général Brunet. La division Dulac et, par conséquent, la 2° batterie du 11° régiment faisaient partie du deuxième corps.
 
L'infanterie de la division Dulac avait d'ailleurs devancé son artillerie de plusieurs semaines devant Sébastopol ; la 2° batterie du 11° ne débarqua à Kamiesch que le 26 mars 1855 ; comme la 9°, elle reçut l'ordre de verser immédiatement son matériel de campagne pour affecter ses conducteurs aux services du grand parc et ses servants aux batteries de siège.
 
Le 2° corps cheminait depuis près de six semaines contre Malakoff.
 
La première parallèle avait été ouverte dans la nuit du 13 au 14 février. En raison des immenses moyens dont l'ennemi disposait, il avait fallu la tracer à plus de 1,800 mètres des saillants les plus avancés.
 
Les travaux d’approche sur un sol où le roc apparaissait dès les premiers coups de pioche, et en face d'une artillerie formidable, ne pouvaient avancer que très lentement. L'ennemi ne se contentait pas d'une résistance passive; il poussait ses travaux au-devant des nôtres, et, du 27 février au 11 mars, il avait abordé puis occupé solidement les hauteurs du Mamelon Vert à mi-chemin entre l'ouvrage de Malakoff et notre première parallèle.
 
De notre côté, plusieurs batteries avaient été immédiatement construites contre le Mamelon Vert. A l’extrême gauche de la parallèle du Carénage notamment, la 10° batterie du 2° avait élevé, dans la nuit du 18 au 19 mars, une batterie, n° 9 de la série générale, destinée à recevoir quatre pièces de campagne pour tirer sur les contre-approches de l'ennemi en avant du mamelon.
 
L'emplacement de cette batterie paraissant devoir lui donner un rôle assez important dans l'attaque projetée contre l'ouvrage même du Mamelon Vert, il sembla nécessaire de modifier la direction de ses crêtes et de ses embrasures et de prolonger l'épaulement pour pouvoir y placer huit canons obusiers de 12.
 
Cette tâche fut confiée, le 14 avril, à la 2° batterie du 11°. La batterie était exposée aux coups directs du Mamelon Vert à 1,200 mètres, et de Malakoff à 1,800 mètres, et aux coups de revers des batteries du Phare à 2,450 et 2,600 mètres. Aussi ce travail, auquel étaient employés chaque nuit une vingtaine d'artilleurs avec 100 auxiliaires d'infanterie, fut-il assez vivement contrarié. Pendant les cinq jours que dura la construction, du 14 au 19, 2 canonniers et 4 auxiliaires furent tués, 7 canonniers et 11 auxiliaires blessés; l'un des officiers de la 2° batterie, le sous-lieutenant Champeaux, fut, dans la nuit du 16 au 17, grièvement atteint par un éclat de bombe.
 
La batterie ouvrit son feu le 20 avril et le continua régulièrement à raison de 200 coups par vingt-quatre heures. Elle força l'ennemi à abandonner, momentanément au moins, ses embuscades et sa parallèle de contre-approche.
 
Le 10 mai, la 2° du 11° fut relevée, pour le service de la batterie n° 9, par la 6° batterie du 7° régiment. Le capitaine Briant prit le commandement de cette unité nouvelle et conserva ainsi la direction du feu de l'ouvrage qu'il avait construit. Il devait y être un peu plus lard, le 6 juin, grièvement blessé. .
 
Le capitaine Briant fut remplacé à la 2° batterie du 11° par le capitaine Fabre, sous les ordres duquel elle resta jusqu'à la fin de la campagne.
 
Le 14 mai, elle fut chargée de la construction d'une nouvelle batterie en arrière de la première parallèle, dite parallèle Victoria, au point où cette parallèle s'appuyait au versant est du ravin de Karabelnaïa.
 
Cette batterie, n° 12 de la série générale des attaques de droite, devait être armée de trois mortiers de 27 pour concourir au bombardement du Mamelon Vert et des ouvrages adjacents à une distance de 5 à 700 mètres, et aussi, éventuellement, pour lancer ses bombes sur le Col qui sépare le Mamelon Vert de Malakoff et jusque dans le terre-plein de ce dernier ouvrage à 1,200 mètres environ.
 
Elle était exposée, à sa gauche, aux coups d'écharpe du Grand Redan et de la batterie Gervais, et, à sa droite, à ceux des Ouvrages Blancs ; elle recevait en outre les coups directs de Malakoff et du Mamelon Vert.
 
Le roc, à l’emplacement de la batterie, était presque à fleur du sol et, pour se procurer les terres de l’épaulement, il fallait répartir sur un assez vaste espace les quinze canonniers et les soixante-dix auxiliaires d'infanterie commandés chaque nuit pour le travail ; aussi la construction dura-t-elle un temps relativement long, du 14 au 24 mai. Elle coûta 1 canonnier et 3 auxiliaires tués, 4 canonniers et 16 auxiliaires blessés.
 
Le feu commença le 27 mai contre le Mamelon Vert et ses annexes; il se poursuivit jusqu'au 6 juin à raison de 24 bombes par mortier et par vingt-quatre heures.
 
Le 20 mai, sur les instances pressantes du général Canrobert, l’Empereur l'avait autorisé à résigner le commandement en chef entre les mains du général Pélissier ; le général de Salles avait remplacé celui-ci dans le commandement du l° corps et en même temps dans la direction des attaques de gauche contre la ville.
 
Quant à l'ancien général en chef, refusant toute autre récompense, il avait seulement réclamé le droit de rester au danger à la tète d'une simple division.
 
Quelques jours auparavant, une petite armée sarde de 15,000 hommes était venue se ranger à côté des armées alliées ; on lui avait assigné vers la Tchernaïa la garde de l'extrême droite des attaques.
 
Le nouveau commandant en chef était, suivant les expressions de sa première lettre à l'Empereur, décidé « à s'attaquer à la place corps à corps et à conquérir pièce à pièce sa partie sud à tout prix ».
 
Il fallait avant tout rejeter les Russes sur la place même. Dans les nuits du 22 au 23 et du 23 au 24 mai, aux attaques de gauche, le 1° corps avait, après une lutte acharnée, enlevé les ouvrages avancés du cimetière et refoulé les assiégés dans le bastion de la Quarantaine.
 
Dans ces mêmes nuits, aux attaques de droite, nos batteries avaient redoublé l'intensité de leurs feux afin de diviser l'attention et les forces de la défense. Le commandant Joly- Frigola fut cité à l'ordre de l'armée pour l'intelligence et l'énergie avec lesquelles il avait dirigé, dans les ouvrages sous ses ordres, ce duel d'artillerie.
 
Mais, devant cette partie de nos lignes, c'était le Mamelon Vert qu'il était indispensable d'enlever.
 
L'assaut fut ordonné pour le 7 juin en plein jour, « à la française ».
 
Les batteries le préparèrent par un bombardement énergique des points d'attaque. Pour son compte, la 2° du 11° lança, de la batterie n° 12, 120 bombes par mortier sur le Mamelon Vert et sur les communications qui reliaient cet ouvrage à Malakoff. Elle contribua ainsi puissamment à en préparer l'accès à la brigade de Wimpfen, et, quand cette brigade, que son ardeur avait emporté trop loin, fut obligé de se replier, ce furent encore les bombes de la batterie n° 12 qui rendirent de nouveau les terre-pleins de l’ouvrage intenables pour l’ennemi et assurèrent son occupation définitive à 7 h40 du soir par la division Brunet.
 
Le feu de la batterie n° 12 avait attiré sur elle le feu des batteries ennemies. La 2° du 11° perdit, dans la journée du 7, deux sous-officiers tués, un sous-officier et trois canonniers blessés.
 
A partir du lendemain 8 juin, la batterie dirigea exclusivement son feu contre Malakoff. Elle le cessa le 15, son armement devant être reporté dans les batteries plus rapprochées de l’ennemi.
 
Le 17 juin, nous avions achevé la cinquième parallèle, et nous étions à 400 mètres de Malakoff; les Anglais, de leur côté, étaient parvenus à 250 mètres du Grand Redan. Les généraux en chef crurent pouvoir lancer, le 18, leurs colonnes d'assaut ; elles échouèrent, on le sait, avec des pertes énormes et il fallut en revenir à l'attaque pied à pied.
 
Pour son compte, la 2° batterie du 11° était chargée, le 3 juillet, de la construction d'une troisième batterie, n° 26 de la série générale, à mi-côte de la berge gauche du ravin du Carénage, entre les sixième et septième parallèles, sur un palier de la route qui joint le Carénage à Karabelnaïa.
 
Celle batterie, dont la construction dura du 3 au 25 juillet, fut armée d'un canon anglais de 32, de deux canons-obusiers de 80 et de trois mortiers de 32. Elle était destinée à soutenir l'attaque du Carénage et devait, en outre, au jour de l'assaut définitif, de plus en plus imminent, contrebattre éventuellement le feu des vaisseaux ennemis qui pourraient venir s'embosser à l'entrée de la baie du Carénage.
 
Les canonniers du 11° s'y relayaient par équipes de trente hommes secondés par une centaine d'auxiliaires d’infanterie. La construction coûta 35 tués ou blessés à ces derniers; il n'y eut qu'un seul artilleur tué et sept blessés.
 
Le 28 juillet, les approvisionnements étaient constitués à 300 coups par pièce et 150 coups par mortier; cependant, par suite de la situation générale des attaques, la batterie n'ouvrit que le 14 août le feu de ses mortiers, à raison de 20 bombes par vingt-quatre heures, et ne démasqua même ses embrasures que le 17 août. Celles-ci furent d'ailleurs immédiatement bouleversées par les batteries de la Pointe, et ce fut seulement dix jours plus tard, le 27, que, mieux soutenus par les batteries voisines, nos canonniers purent conquérir définitivement la supériorité du feu sur les pièces opposées.
 
Poursuivi avec la plus grande vigueur et interrompu seulement par les fréquentes réparations qu'imposait le tir de l'ennemi, ce feu coûta, du 27 août au 7 septembre, un tué et onze blessés à la 2° du 11°.
 
Dans ces dernières semaines, une nouvelle unité du 11°, la 10° batterie (capitaine Triadon), était arrivée, troisième du régiment, en Crimée.
 
Débarquée à Kamiesch le 24 juillet, elle avait été placée à la deuxième division (colonel de Laumière) de la réserve générale d'artillerie (colonel Forgeot) et presque immédiatement chargée de la construction d'une batterie de mortiers, n° 49 de la série générale des attaques de gauche, à 500 mètres et en capitale du Bastion Central.
 
La conduite générale des opérations ayant fait abandonner cette batterie avant même qu'elle n'eût reçu son armement, la 10° du 11° fut désignée, le 23 août, pour relever à la batterie n° 58 la 2° batterie du 13° régiment.
 
Cette batterie n° 58 s'élevait en arrière du petit côté sud du cimetière, dont le mur formait sa crête extérieure, dans les boyaux en zigzag qui allaient de la batterie n° 44 à la batterie n° 55; elle était armée de quatre canons-obusiers de 12 et avait pour but de battre tout le ravin du cimetière dans le cas où l'ennemi tenterait une sortie vers nos tranchées de l’extrême gauche.
 
Nos cheminements étaient parvenus à 25 mètres de Malakoff, à 40 mètres du Petit Redan.
 
Les Anglais étaient arrêtés à 200 mètres du Grand Redan par la nature du sol.
 
Les alliés avaient 814 pièces en batterie contre la place.
 
Le 3 septembre 1855, les généraux en chef décidaient pour le 8 l'attaque suprême.
 
Du 5 au 8, un bombardement furieux devait la préparer.
 
Le 8 au matin, sur toute la ligne, les colonnes d'assaut se massent dans les tranchées. A gauche, du côté de la ville, le général de Salles, avec le premier corps français et la brigade piémontaise Cialdini, doit enlever le bastion Central et le bastion du Mât; au centre, les Anglais doivent marcher sur le Grand Redan; adroite, enfin, le général Bosquet, commandant du 1° corps, doit lancer la division Mac-Mahon sur Malakoff, la division Dulac sur le Petit Redan.
 
Ce devait être, suivant l'expression du général Bosquet, « un assaut général, armée contre armée ». La 9° du 11° avec deux autres batteries de la réserve générale, avait été mise à la disposition du général de Salles.
 
D'après les ordres du général Le Bœuf, commandant l'artillerie du 1° corps, elle amène ses pièces dans nos tranchées les plus avancées, dans les déblais de carrière qui prolongent la batterie n° 45; de là, elle renvoie ses chevaux dans les communications en arrière, et les cinquante-quatre servants s'attellent aux bricoles; aussitôt que nos fantassins auront gravi la brèche, ils doivent enlever les pièces jusque sur les parapets pour prévenir tout retour de l'ennemi.
 
A midi, les cinq colonnes d'assaut s'élancent à la fois; sur tous les points elles pénètrent dans la position ennemie, mais elles ne peuvent se maintenir qu'à Malakoff.
 
Au bastion Central en particulier, les divisions du général de Salles prennent par deux fois pied sur le rempart; elles en sont repoussées par deux fois sans que leurs batteries aient eu le temps de les suivre. La 9° du 11°, comme les autres batteries de campagne, ne participe donc à cette journée que passivement par les pertes que lui fait subir le feu de l'ennemi dans les étroits boyaux où elle attend en vain l'occasion d'agir. Son adjudant, Chevigny, et deux canonniers sont tués, sept autres, ainsi qu'un maréchal des logis et un brigadier, sont blessés plus ou moins grièvement.
 
Les vaisseaux russes sont venus s'embosser, comme on l'avait prévu, dans la baie du Carénage, et ce sont les feux de la 2° du 11° qui, de la batterie n° 26, les empêchent de joindre leur action à celle des batteries de terre ; quant à la 10° du 11°, comme l'ennemi ne tente aucun mouvement sur la gauche de nos lignes, elle n'a point à ouvrir son feu, mais le lieutenant Flye-Sainte-Marie et deux canonniers sont grièvement blessés derrière les épaulements qu'elle garnit.
 
Sur les cinq assauts, celui de Malakoff avait seul réussi.
 
La division Mac-Mahon avait perdu la moitié de son effectif, mais elle s'était maintenue sur la position conquise. Heureusement, ce seul succès suffisait, Malakoff étant la clef de la place; dans la nuit, les Russes se décidaient à l'évacuer.
 
Le siège avait duré trois cent quarante-neuf jours.
 
En entrant dans la place, les alliés n'avaient pas seulement conquis un amas de pierres et de fer ; toutes les forces vives de la Russie s'étaient héroïquement dépensées autour de Sébastopol; Sébastopol tombée, il ne lui restait plus de troupes organisées pour continuer la lutte.
 
C'était donc la fin de la guerre, de cette guerre unique dans les fastes modernes et qui, malgré le peu d'années écoulées, semble aujourd'hui une évocation des temps héroïques, de cette guerre où la valeur déployée des deux paris devait cimenter entre les soldats russes et les soldats français une confraternité d'armes aussi profonde que s'ils avaient combattu côte à côte.
 
La paix cependant ne fut pas signée immédiatement, et la plus grande partie de nos troupes durent encore subir les rigueurs d'un nouvel hivernage.
 
La 2° batterie du 11° fit partie du corps d'occupation d'Eupatoria et ne s'embarqua à Kamiesch que le 24 mai 1856.
 
La 9°, après être entrée le 10 septembre avec la division Bazaine dans la cité conquise, hiverna aux environs de Balaklava et s'embarqua le 28 avril à Sébastopol.
 
La 10°, enfin, ne quitta Kamiesch que vers la fin de mai.
 
Les trois batteries arrivèrent successivement à Strasbourg, où se trouvait la portion centrale du régiment, les 29 juin, 22 et 26 juillet 1856.
 
Comme toutes les troupes rentrant de cette rude campagne, les batteries du 11° rejoignirent leur corps au milieu d'ovations enthousiastes. Elles les avaient méritées. Pour apprécier de quel prix elles avaient payé leur gloire, il ne faut pas se contenter de compter les morts du champ de bataille, il faut penser à ceux que le choléra et le scorbut ont terrassés sur les lits d'ambulance ou sur le sol glacé des tranchées.
 
Non compris les tués et les blessés, 225 canonniers du 11°, plus du tiers de ceux qui étaient partis de France, reposent dans les cimetières de Crimée et de Constantinople.
 
Oubliés dans leur éternel sommeil, ces humbles héros n'ont pas même le droit de figurer au Livre d'or : ses colonnes sont réservées aux camarades plus heureux tombés en combattant. Je n'ai pu me défendre pourtant de relever leurs noms et de les inscrire, eux aussi, à la suite de l’historique du régiment. Tous ont été égaux dans le courage et dans le sacrifice; officiers et soldats du 11°, nous devons saluer leur souvenir avec un égal respect.
 
Source : Historique du 11° régiment d'artillerie, rédigé d'après les instructions du colonel Brunet


Bonne lecture.




 
 
 
_________________
Cordialement

Rémy SCHERER
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 15:47 (2016)    Sujet du message: LE 11° REGIMENT D'ARTILLERIE EN CRIMEE

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Bienvenue sous le Second Empire Index du Forum -> CHAPITRE HISTORIQUE -> LE SECOND EMPIRE -> Les campagnes militaires Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com